Cahiers de Science politique

Université de Liège

1784-6390

 

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Bernard Cornélis & Emmanuel Vanderheyden

Évaluation expérimentale de l’approche SUIT appliquée au cas de Spa

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Introduction

1L’aménagement du territoire est une activité où de nombreux acteurs interviennent et où les aspects à prendre en compte sont nombreux. Cette activité de planification requiert une attitude proactive dans la mesure où elle demande que l’état désiré du territoire ou que les projets proposés soient formulés à l’avance. Par conséquent, une bonne connaissance de la situation existante est nécessaire pour un aménagement sain. Cette activité intrinsèque des activités humaines et des organisations peut être subdivisée en trois types d’opérations soit selon les acteurs impliqués (stakeholders – parties prenantes et autres commanditaires ; experts ; designers – architectes et autres auteurs de projets) (Figure 1) ou selon les actions réalisées (définition des objectifs ; analyse d’impacts ; création de solution). Ces opérations demandent des compétences très différentes, ce qui explique en partie la difficulté d’aménager un territoire de manière durable. Les plus hauts niveaux d’aptitude dans chacune de ces opérations ne se trouvent généralement pas chez la même personne. De plus, il n’est pas facile de constituer des équipes de planification où ces compétences s’intègrent de manière efficace (Birkin et al., 1996).

Figure 1 : Relations entre les acteurs d’une planification moderne (modifié d’après Marsh, 1991)

2Les parties prenantes définissent la problématique en exprimant leur volonté en termes d’objectifs à atteindre, de problème à résoudre, de besoins ou souhaits à combler. Elles peuvent être organisées de manière formelle ou non. Elles peuvent partager ou non leur vision de l’état souhaité du territoire ; et ce pour les mêmes raisons ou non. Au contraire, elles peuvent aussi avoir des visions divergentes. Les experts réalisent des analyses aussi bien pour les parties prenantes que pour les designers. Ils sont aussi responsables de fournir les données de base aux autres acteurs, que ce soit sous forme d’inventaires environnementaux ou de cartes, d’études d’incidences ou de faisabilité, … Par conséquent, les expertises couvrent une large gamme de spécialités des urbanistes, géographes et architectes aux économistes, ingénieurs, écologistes et sociologues, pour n’en citer que quelques-unes. Les designers ont la part la plus créative de l’activité de planification. Ils doivent proposer aux parties prenantes des solutions et des alternatives techniquement évaluées par des experts. Ces propositions peuvent être présentées sur papier, sur ordinateur ou de manière orale. Il faut noter que ces trois types d’opérations, bien que conceptuellement distinctes, ont énormément de relations entre elles. C’est d’autant plus le cas, si l’on intègre cette représentation statique dans le temps. La finalisation d’un projet est le résultat d’un processus itératif où plusieurs décisions se combinent en une décision finale et un projet particulier.

3Dans le cadre du projet SUIT, la Région wallonne a souhaité tester une des méthodes envisagées et proposées pour une participation effective du public aux processus de prise de décision. Elle a choisi le cas de Spa non seulement pour les nombreuses études réalisées sur le territoire notamment dues à son caractère spécifique de ville d’eau mais aussi pour l’activisme spontané de diverses associations locales de protection du patrimoine spadois. De plus, différents chantiers étaient ou sont en phase de finalisation tant au niveau de projet particulier (e.g. nouveau centre thermal) que de plan (plan de mobilité) (voir par exemple MET et GIREA, 1995a, 1995b ; Cerfontaine, 1999, 2000 ; MET et al., 2002 ; Dupagne et al., 2003). Cette contribution ne vise donc pas à remettre en cause des décisions prises ou à porter un jugement sur comment les projets sont arrivés à maturation. Dans un premier temps, elle présente un positionnement théorique de la participation dans les processus décisionnels et en particulier par rapport aux études environnementales qu’elles soient stratégique (SEA) ou d’incidence (EIA). Dans un deuxième temps, un compte-rendu des groupes focalisés réalisés illustrera les potentialités de ce type de méthode participative pour l’aménagement du territoire.

Fontaines décisionnelles

4Lorsque l’on étudie une ville d’eau, il semble logique de recourir au modèle de la fontaine décisionnelle pour positionner la participation dans les processus décisionnels. Le modèle de la fontaine décisionnelle (Cornélis, 1998 ; Cornélis et Viau, 2000 ; Cornélis, 2002 ; Cornélis et Brunet, 2002) a été développé à la suite d’une réflexion globale sur les différentes facettes des processus décisionnels (acteurs, procédures, outils, résultats, …) guidées par une compréhension de la façon dont les décideurs prennent réellement des décisions. Ce modèle générique peut être appliqué à des décisions rationnelles et (d’apparence) irrationnelles. En fait, ce n’est pas un modèle normatif indiquant comment les décideurs devraient prendre des décisions, bien qu’en indiquant et en définissant certains de ses éléments pour rencontrer les prétentions normatives, il peut le devenir. En outre, ce modèle peut être à la fois appliqué aux décisions prises par des individus aussi bien que par des organismes. Le modèle de la fontaine décisionnelle structure les processus décisionnels en cinq phases :

  • DOcumentation/information (DO),

  • analyse décisionnelle (DA),

  • prise de décision au sens strict (DT),

  • implémentation de la décision (DI) et

  • évaluation de la décision (DE).

5La phase DO est subdivisée en trois bases fortement interconnectées: données (d), contexte (c) et problématique (i). La phase DE correspond à un jugement fait sur une décision ou un processus de décision particulier. Par conséquent, elle peut être considérée comme une autre fontaine décisionnelle caractérisée par ses propres DO, DA, DT, DI et DE qui pourraient partager des éléments (connaissance, données, méthodes d’analyse, …) avec la fontaine à l’étude.

6L’analyse du processus décisionnel n’est pas une tâche facile, d’autant plus que les processus décisionnels sont fortement influencés par d’autres décisions prises avant, après, ou simultanément. Des modèles de la fontaine décisionnelle peuvent être employés pour examiner des processus décisionnels. Regarder seulement une fontaine décisionnelle montrera une image statique d’un processus à un moment donné. Une succession de fontaines décisionnelles rendra une vue dynamique d’un processus. Le niveau du détail et de la résolution des images influencera la perception que l’on aura d’un procédé de décision particulier.

Figure 2 : Exemple de deux fontaines décisionnelles vues en coupe mise en relation avec les étapes des études environnementales (SEA et EIA)

7Si l’on « zoome » sur les trois bases en prenant une coupe, d’autres observations peuvent être réalisées sur un processus décisionnel. Les données peuvent être qualifiées, d’une perspective décisionnelle, comme nécessaires, existantes, disponibles (ou sous la main), demandées, devant être collectées, et inutiles (ou non considérées pour une décision particulière). De manière similaire, la connaissance peut être caractérisée comme étant formalisée, théorique, expérimentale, profane, bien établie, ou contradictoire. De même, la connaissance peut être activée ou non. Les objectifs peuvent être clairs (ou établis), cachés (ou secrets), conflictuels, bien définis ou non, faisables (ou hors de portée) ou non. D’autres classifications sont possibles, par exemple Malinowski (1944) identifie quatre types de connaissance : la connaissance bien fondée, la connaissance mystique, la connaissance logico-rationnelle et la connaissance scientifique.

Figure 3 : Tranche dans la phase DO de la fontaine décisionnelle pour représenter les niveaux des différentes bases.

8Graphiquement, chaque base peut être subdivisée en plus petits morceaux, par exemple selon les différentes bases de données ou selon les différentes bases de connaissances, ou selon les différents objectifs. Perpendiculairement à ces subdivisions, une autre subdivision peut être envisagée pour indiquer la quantité ou la qualité des données, les niveaux d’expérience ou de connaissance, ou l’importance (ou la priorité) des objectifs, des problèmes, et des besoins. Ainsi la forme conceptuellement parfaite du cercle – pour ne pas mentionner la forme conique – s’avère être complètement difforme. L’intégration dans le temps de ces subdivisions permet d’expliquer les changements de préférences entre alternatives. Ce suivi temporel peut lui aussi être réalisé au niveau des coupes. Dans ce cas, le rayon représente la quantité de temps relatif nécessaire pour atteindre un certain niveau (par exemple la connaissance, qualité, etc.). Les superficies sous les limites de niveau représentent la complexité. Ceci peut être employé pour comparer des situations décisionnelles.

Figure 4 : Niveaux et identifications de connaissances

9Les modèles de fontaines décisionnelles peuvent être employés par les différents acteurs d’un projet ou d’un plan à différents moments. Les parties prenantes peuvent l’employer pour expliquer clairement le type de la participation (collecte des données, prise de décision, …) qu’ils attendent du public ; les concepteurs pour identifier les informations manquantes nécessaires à la préparation d’une proposition ; les experts pour expliquer par exemple l’utilité d’activer et de recueillir plus de connaissance. En d’autres termes, chaque acteur peut l’employer pour identifier et exprimer sa convergence et divergence avec d’autres acteurs. Des fontaines décisionnelles peuvent être utilisées en tant qu’outils sur papier ou sur ordinateur. Il convient de noter que les modèles de fontaines décisionnelles sont des outils conceptuels qui aident à la compréhension des processus de prise de décision. Par conséquent, une automatisation complète du modèle est impossible. Si nous prenons comme exemple la vieille cathédrale de Liège qui a été détruite vers la fin du XVIIIe siècle, l’évaluation de la décision (DE) de détruire la cathédrale ne donnerait pas le même résultat à ce moment-là et de nos jours, cette évaluation ne serait pas non plus unique selon différents points de vue.

La participation publique dans une perspective décisionnelle

10Les méthodes participatives peuvent être définies comme étant des outils aidant à la prise de décision par un élargissement des processus aux individus ou groupes impliqués. D’un point de vue politique, des méthodes participatives peuvent être rencontrées dans les trois familles de l’organisation politique (monarchie, oligarchie et démocratie) – bien qu’elles pourraient être fortement contrôlées ou incompatibles avec certains types d’organisations (par exemple despotisme et tyrannie). En fait, les méthodes participatives, tout comme d’autres méthodes, ne garantissent pas l’honnêteté de leur utilisation. Qui seront les individus ou les groupes invités à participer à de telles méthodes ? Quels niveau et types de participation seront demandés ? Quand ces techniques seront-elles employées ? Avant, après ou pendant la prise de décision ? La raison d’augmenter le nombre d’intervenants résulte de la nécessité de mobiliser de l’information (avis, connaissance, données) ou de la volonté de favoriser l’acceptabilité ou la légitimité sociale d’une décision. En d’autres termes, les outils participatifs sont utilisés pour réduire les erreurs décisionnelles qu’elles soient scientifiques, techniques, culturelles, politiques ou humaines. Par conséquent, la mise en place de méthodes participatives dans le domaine public des processus décisionnels suggère que l’efficacité d’un processus de prise de décision sera amélioré. Cependant, dans la pratique, il est très difficile de définir ce que signifie réellement l’efficacité. Le fait d’avoir plus de personnes impliquées peut de fait améliorer la qualité de la décision, mais en même temps cela réduit le contrôle des individus sur une décision. Ceci peut expliquer que les décideurs ont des réticences vis-à-vis de telles méthodes, qu’ils identifient comme risquées. Cela suggère également qu’il n’y ait aucune décision préétablie et que l’espace de décision est encore ouvert. Dans des décisions publiques, des méthodes participatives ont été employées pour approcher des problèmes spécifiques caractérisés par leur complexité et une grande incertitude aux niveaux scientifiques et sociaux (par exemple biotechnologie, la maladie de la vache folle, gestion du territoire ou changement global). Pour ce genre de problématique, la prise de décision traditionnelle basée seulement sur l’expertise scientifique et la rationalité semble désormais ne plus être appropriée.

11La participation publique peut être rencontrée aux différentes phases du processus décisionnel (DO-d, DO-c., DO-i, DA, DT, DI, DE). Plus le public est impliqué dans les différentes phases, meilleures sont les chances d’acceptation d’une décision. D’autre part, plus la participation est grande, plus c’est difficile à gérer.

Figure 5 : Différents types de participation du public dans un processus décisionnel.

12Si l’on s’attarde sur les raisons de recourir aux méthodes participatives, le développement suivant peut être fait. Un processus décisionnel légitime est un processus qui a été conduit de façon à laisser satisfaits les individus ou les groupes concernés dans la mesure où leurs intérêts ou valeurs ont été pris en considération. En d’autres termes, la légitimité mesure l’acceptabilité politique et sociale d’une décision. Dans cette perspective, des méthodes participatives peuvent être employées en tant que baromètre politique pour indiquer et évaluer l’acceptabilité sociale des décisions ou de projets publics spécifiques. En termes de mobilisation d’information, les outils participatifs sont juste un des outils disponibles pour rassembler l’information. Habituellement, le type d’information collecté est de l’information profane par opposition à l’information scientifique ou experte ; bien que, des méthodes participatives puissent être utilisées avec des scientifiques et des experts. Cette dichotomie est soulignée en parlant de la connaissance. En outre, une hiérarchie forte est généralement faite entre les connaissances scientifiques et profanes, la première ayant une plus grande autorité assumée que la dernière. Cependant, la connaissance profane peut être définie comme une connaissance contextualisée tenant compte des dispositifs ignorés ou exclus des modèles scientifiques (Wynne, 1992). Ainsi, l’information fournie par les méthodes participatives devrait être prise en compte indépendamment de l’origine scientifique ou profane des individus ou des groupes impliqués. En outre, la combinaison des différents types d’information peut améliorer la qualité du processus décisionnel dans son entièreté (Balancier, 2003 ; Brunet, 2003).

13Si l’on considère les méthodes participatives dans une vision systémique, on remarque qu’elles s’inscrivent dans un système assez simple composé de deux « pôles/entités », le(s) commanditaire(s) et le(s) intervenant(s), qui échangent de l’information grâce à un « vecteur » qui favorise la transmission, l’expert ès méthodes participatives. Cet intermédiaire a deux rôles primordiaux : organiser le transfert de l’information des commanditaires aux intervenants, et analyser l’information récoltée pour répondre de manière complète et non redondante aux questions des commanditaires (Figure 6). La phase d’analyse est délicate dans la mesure où l’expert ès méthodes doit éviter de biaiser l’information qu’il transmet, que ce soit par l’ajout de sa participation personnelle ou par un filtrage des informations récoltées identique aux canaux traditionnels d’information des commanditaires. L’organisation de la requête aux participants est tout aussi primordiale, puisque c’est d’elle que va dépendre l’adéquation de la réponse des participants et la réussite de la mise œuvre des méthodes participatives. Dans certains cas, commanditaire(s) et expert(s) ès méthodologie peuvent n’être qu’une seule et même entité. Ce cas particulier d’activité participative requiert un haut degré de maîtrise des méthodes utilisées, sans quoi des interférences et biais peuvent être introduits.

Figure 6: Les échanges commanditaires-intervenants et les rôles des experts ès méthodes participatives.

14Pour chaque méthode, la Figure 6 peut être personnalisée en fonction de ses spécificités, que ce soit dans la définition des intervenants ou des échanges d’informations qu’impliquent les méthodes participatives. À titre d’exemple, le cas des groupes focalisés est illustré dans la figure 7 où les points noirs représentent les participants et les boîtes les entourants, l’espace d’échange entre participants. Une description de différentes méthodes participatives peut être trouvée dans Brunet et Zwetkoff (à paraître).

Figure 7: Les échanges commanditaires-intervenants dans le cas des groupes focalisés.

Échos de groupes focalisés sur Spa

15En vue d’évaluer une méthode participative parmi celles envisagées par la recherche SUIT, la Région wallonne a réalisé trois groupes focalisés avec différents acteurs de la commune de Spa. C’est d’abord la nouvelle association des commerçants qui a eu l’opportunité de s’exprimer sur différentes thématiques d’intérêt pour la Région wallonne et le projet SUIT. Un deuxième groupe focalisé a réuni des personnes et associations actives dans la protection de l’environnement spadois. Finalement, c’est la CCAT qui a joué le jeu le temps d’une soirée en réagissant elle aussi aux mêmes thématiques.

16Concernant la participation, d’emblée plusieurs participants aux groupes focalisés ont posé la question de savoir si l’exercice d’un groupe focalisé pourrait « avoir une influence sur les choses » et « mener à une concrétisation rapide dont la ville de Spa en général pourrait bénéficier ». En effet, il ressort, même au sein de la CCAT, que « nous estimons ne jamais être informés des différents projets liés à l’aménagement du territoire et au patrimoine. Nous apprenons trop souvent les nouveautés uniquement par voie de presse et souvent trop tard, quand il n’y a plus moyen d’intervenir à notre niveau. » « La population n’est pas suffisamment informée.  Il y a carence d’informations. C’est ce qui finalement suscite la création spontanée d’associations diverses qui essayent de suppléer à cette carence.  On a l’impression que la tendance générale, dans le chef des politiques, est de se dire: “Moins les gens sauront mieux ce sera et ils ne risqueront donc pas de réagir”. Au contraire, les gens réagissent d’autant plus justement lorsqu’il y a un manque d’information. » Par exemple, « en ce qui concerne le cas de l’ancien hôtel Palace – si du moins on lui donne encore ce nom-là, aucune information préalable n’a été donnée. Il y avait presque une volonté de cacher les choses. » « Il faudrait que s’instaure une bonne communication de la part des différentes instances vis à vis du citoyen. » « Nous ressentons souvent un manque d’écoute et de compréhension de nos problèmes. Nous estimons avoir un rôle à jouer dans les décisions qui se prennent et aimerions travailler d’avantage avec les autorités. Beaucoup de choses nous échappent et peu d’entre elles semblent vraiment se décider au niveau communal, car elles dépendent d’autres échelons et donc de beaucoup d’autres pouvoirs. » Quelqu’un émet un certain doute quant aux décisions prises en CCAT par rapport aux décisions finales prises à un échelon supérieur « dans lequel je n’ai pas confiance ». Pour un de ses membres, « la CCAT est un très bel exemple de démocratie directe.  Elle permet de nous faire sortir de cette atmosphère qui est de toujours critiquer ce qui se fait, alors même que l’on ne sait pas trop ce qui est envisagé. » Pour d’autres par contre, « la CCAT n’est pas élue démocratiquement puisqu’elle est choisie par le pouvoir communal. Elle a souvent donné l’impression d’être un faire valoir ou d’être noyautée. »

17Concernant le patrimoine, les réponses sont assez unanimes pour reconnaître les atouts de Spa. « Derrière le mot “patrimoine” à Spa se cache les notions de calme et de nature. » « Spa est une ville à la campagne. » « Spa a une aura inscrite depuis longtemps dans les esprits ; c’est ce que l’on redécouvre immortalisé sur les anciennes cartes postales. » « Le côté thermal de la ville est LE patrimoine de Spa », « ses eaux légendaires et son thermalisme. » « Ce qui prime, c’est bien sûr l’eau, première richesse ». Le patrimoine de Spa « c’est son Pouhon – qui veut dire “source” en wallon – Pierre le Grand, ses sources d’eau minérale – repris dans le nouveau concept d’“Ardenne bleue” pour toute la région autour de Spa –, son casino, son Waux-Hall – 1ère salle de jeux sur le continent. » C’est aussi « une grande richesse au niveau naturel – par exemple, en espèces d’arbres feuillus. » Le patrimoine immatériel est lui aussi considéré : « Outre tous les beaux bâtiments anciens que l’on nous a légués, le patrimoine spadois c’est aussi le folklore par exemple la célèbre bataille de fleurs (qui a disparu). » « Le patrimoine, c’est aussi un savoir-faire et une tradition à conserver : pourquoi parfois mettre autant d’argent dans le changement radical de certains éléments du patrimoine par du neuf alors qu’il y a un savoir-faire qui pourrait restaurer et entretenir de façon légère certains éléments du patrimoine architectural, par exemple les châssis au Pouhon Pierre le Grand. » Par contre le patrimoine spadois n’est pas à l’abri de tout danger et sa gestion n’est pas partagée par tous. « On est en train de raboter notre capital-nature. » « Le patrimoine de Spa, c’est son patrimoine naturel (bois, fagnes, …), mais en même temps, il y a de nombreux risques qui planent sur lui, car il y a des projets qui se préparent et qui risquent petit à petit de grignoter cette nature. On a l’impression que de nombreux projets ne se font que parce qu’il y a des possibilités financières (subsides), et cela se fait alors au coup par coup sans voir de façon globale. » « Les grandes villas anciennes en dehors du centre ville ont progressivement été restaurées par des personnes étrangères plus fortunées et cela n’appartient plus beaucoup aux Spadois. » Il y a un « problème soit de taudification importante soit de pression immobilière au détriment du patrimoine spadois. » Spa est une « ville attirante, aux activités culturelles nombreuses, une ville où l’on investit beaucoup, ce qui démontre l’intérêt des gens pour cette ville. » « L’enjeu de cette ville est d’être en même temps une cité agréable pour ses propres habitants mais aussi attirante au niveau touristique.  Il faut se méfier de certains promoteurs qui voudraient n’en faire qu’une attraction touristique. » « Il faut un compromis entre tous les secteurs : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… » « Il faut vivre avec son temps et il faut reconstruire si c’est pourri. Il ne faut pas s’attacher à de vieilles choses. C’est positif plutôt que de garder un chancre. Le thermalisme social est pour nous un mauvais souvenir ; les personnes qui en profitaient n’apportaient malheureusement rien au niveau économique à la ville. » « À Spa, on perd de plus en plus l’attrait qui avait fait de cette ville une ville “à part”. Beaucoup de choses disparaissent progressivement, insidieusement alors que le centre de Spa est pourtant inscrit en “centre ancien protégé”. » « J’aimerais que l’on crée un poste de “Monsieur ou Madame Patrimoine” pour aider les citoyens dans le montage de certains dossiers et les aider à rénover avec un regard différent. Les façades des maisons n’appartiennent pas à leur propriétaire mais à tout le monde. »

18D’autres modes de fonctionnement sont eux aussi interpellés que ce soit dans leurs dimensions temporelle et territoriale ou communicationnelle : « Il y a malheureusement beaucoup trop de temps entre une décision prise par les administrations et la concrétisation des projets. » « Il y a un manque de vue globale, à plus long terme. Il nous faut un plan communal qui ait pour objectif de planifier au maximum les projets. » « Un plan de développement local serait intéressant, parce que l’on n’a pas en mains tous les outils nécessaires pour comprendre les choses. Il manque un instrument de référence. » « Il est importance d’arriver à un plan de développement à long terme. La planification est nécessaire. On a l’impression que l’on travaille plus souvent au coup par coup. Le schéma de structure est en préparation depuis 10 ans, mais on a l’impression qu’il n’y a pas la volonté de le faire. »

19En guise de conclusion, donnons une fois de plus la parole à un participant : « Dans mon petit village des Ardennes, il ne s’y passe jamais rien et il ne s’y passera jamais rien… Donc tout va bien ! ». À Spa, c’est différent : on change les choses ; il y a des évolutions ; il y a des projets… les choses bougent, donc fatalement c’est différent. À Spa, il y a tout un historique qui évolue et donc il faut qu’il se passe des choses, d’où immanquablement il y a des confrontations… ce qui n’aura pas lieu dans un petit village où il ne se passe jamais rien. »

20Avril 2004

Références

21Balancier P. (éd.) (2003), Aménagement et participation, Les cahiers de l’urbanisme, Hors-Série, avril.

22Birkin M., Clarke G.P., Clarke M. et Wilson A. (1996), Intelligent GIS – Location decisions and strategic planning, Cambridge : Pearson Professional Ltd.

23Brunet S. (2003), Mise en perspective critique de la participation citoyenne, Les cahiers de l’urbanisme, Hors-Série, avril, p. 64-68.

24Brunet S. et Zwetkoff C. (éd.) (à paraître) Les méthodes participatives, Bruxelles : De Boeck.

25Cerfontaine F. (1999), Monographie géographique de la Commune de Spa – Tome I : Le territoire, l’habitat, la population, Spa.

26Cerfontaine F. (2000), Monographie géographique de la Commune de Spa – Tome II : La nature et ses ressources, l’environnement, Spa.

27Cornélis B. (1998), Managing decision in spatial decision support systems, 1st AGILE Conference, Enschede, Pays-Bas, p. 1-7, http://www.agile-online.org.

28Cornélis B. (2002), A spatial perspective on decision-making methods and processes in Mateu J. et Montes F. (éd.), Spatial Statistics through Applications, Southampton : WIT Press, Advances in Ecological Sciences Series, Vol. 13, 1ère édition, p. 1-19.

29Cornélis B. et Brunet S. (2002), A policy-maker point of view on uncertainties in spatial decisions, in Shi W., Fisher P.F. et Goodchild M.F. (éd.), Spatial Data Quality, Londres : Taylor et Francis, p. 168-185.

30Cornélis B. et Viau A.A. (2000), Decision processes with regard to drought monitoring and mitigation in Vogt J.V. et Somma F. (éd.), Drought and drought mitigation in Europe, Dordrecht : Kluwer Academic Publishers, Advances in natural and technological hazards research Series, Vol. 14, p. 279-290.

31Dupagne A., Marique A.-F. et Petillon P. (2003), Analyse de l’opportunité du développement d’une data warehous: Mise en pratique sur le site de Spa, Liège : LEMA.

32MET et GIREA (1995a), Étude environnementale préalable à un contournement de Spa - Volume 1: Analyse générale de l’environnement et de l’ensemble des alternatives proposées, Liège : Université de Liège.

33MET et GIREA (1995b), Étude environnementale préalable à un contournement de Spa - Volume 2: Étude des alternatives retenues, Liège : Université de Liège.

34MET, Ville de Spa, TEC, SNCB, Transitec et S.A. Pissart (2002), Plan de mobilité de la ville de Spa – Rapport de Synthèse, Lausanne.

35Malinowski B. (1944), A Scientific Theory of Culture and other Essays, Chapel Hill : University of North Carolina Press.

To cite this article

Bernard Cornélis & Emmanuel Vanderheyden, «Évaluation expérimentale de l’approche SUIT appliquée au cas de Spa», Cahiers de Science politique [En ligne], Cahier n°2, URL : https://popups.ulg.ac.be/1784-6390/index.php?id=74.

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